A cause de Jésus et de l’Evangile

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Ascension du Seigneur : Commentaires de Frère Charles sur l’évangile selon St Matthieu

« Allez, enseignez toutes les nations… les baptisant… et leur apprenant à garder tout ce que je vous ai appris.

Merci, mon Dieu, de ce commandement auquel, avec votre grâce, je dois le salut, moi qui suis d’une de ces nations converties par vos disciples… Merci de ce commandement de Votre Cœur : c’est bien la répétition du commandement suprême, du commandement de la Cène, du commandement « Aimez-vous les uns les autres », puisque c’est dire : « Au prix de toutes les peines et de tous les dangers, allez faire part à tous les hommes, vos frères en Moi, du plus grand des biens, de Moi Jésus »… Votre Cœur, en quittant la terre, vous inspire le même commandement qu’il Vous inspirait à la veille de mourir… Celui-ci est l’application et l’explication du premier : mourant, vous disiez : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Montant au ciel, Vous ajoutez : « Aimez tous les hommes de cet amour… Et prouvez-le en faisant pour eux ce que j’ai fait pour vous… En leur faisant connaître, et au besoin, comme moi au prix de votre sang, tout ce que je vous ai fait connaître au prix du mien que j’ai répandu pour la confession de la vérité… Je vous disais après la Cène qu’il n’y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qu’on aime, et quelques heures après, je suis mort pour vous à cause de l’enseignement que je vous ai prêché… Faites de même : aimez les hommes comme je vous ai aimés, en leur enseignant toute vérité, et au besoin en donnant votre vie pour eux, à cause de l’enseignement que je vous ai prêché. » Merci, merci, merci, mon Dieu, de cet amour souverain qui vous a fait nous enseigner la vérité, mourir à cause de votre prédication, et qui vous a fait ordonner à vos disciples d’aimer tous les hommes comme Vous les avez aimés « du plus grand amour », Vous le dites Vous-même, et de le leur prouver comme Vous le leur avez prouvé, en donnant au besoin leur vie à cause de leur enseignement.
« Enseignez toutes les nations. » C’est donc un devoir pour l’Église ; et la possibilité où sont les hommes de se sauver sans la foi explicite, lorsqu’ils ont l’ignorance invincible de la vérité et la volonté formelle et illimitée de faire tout ce que Dieu exige pour le salut (ce qui comprend la foi en la vraie religion, l’entrée de vœu dans l’Église, le baptême de vœu, la foi implicite à tout ce qu’il faut croire). Une telle possibilité ne fait nullement cesser pour l’Église le devoir de prêcher l’Évangile à tous les hommes absolument et de s’efforcer de leur donner la vraie foi… Et cela non seulement parce qu’ils auront infiniment plus de moyens et de facilités pour se sauver dans la vraie foi, mais aussi par pure obéissance au commandement formel de Notre-Seigneur : « Enseignez toutes les nations. »
A qui Notre-Seigneur fait-il ce commandement ? Aux seuls Apôtres et à ceux qui sont avec eux et après eux chargés du ministère ecclésiastique ? ou à tous les hommes ?.. Il le fait d’abord aux premiers, ensuite aux seconds, mais avec une restriction : il le fait à tous absolument, mais pas à tous de la même manière ; tous doivent travailler à l’enseignement de tous les hommes, mais non par les mêmes moyens… Quels sont les moyens que doit employer chacun ? Les Apôtres, leurs successeurs, et leurs coopérateurs, c’est-à-dire les ministres de la parole authentiquement établis par l’Église, doivent prêcher de toute manière, et par les paroles et par les œuvres et par la prière… Les autres fidèles, qui ne sont point pasteurs mais ouailles, doivent en général prêcher non tant par les paroles que par les œuvres (par l’exemple d’une sainte vie, une bonté pour tous qui fait aimer leur religion, les soutiens matériel et moral fournis aux pasteurs des âmes, etc.) et par la prière ; s’ils doivent exhorter par paroles, ce n’est pas en public, sauf très rares exceptions, mais en particulier, en s’adressant à leurs enfants, à leurs parents, à leurs amis, à leur entourage… Tous les hommes doivent brûler d’un zèle égal pour le salut des âmes, pour que toutes se sauvent, pour que Jésus soit connu et honoré et aimé passionnément de tous les hommes, que Dieu soit connu et glorifié de tous les hommes le plus parfaitement possible, que son Règne arrive, que son Nom soit sanctifié, sa Volonté faite sur la terre comme parmi les anges, que le pain de vie, la Sainte Eucharistie soit adorée et reçue avec un amour passionné par toutes les âmes, que tous les péchés soient pardonnes et détruits sur la terre, que nul n’y succombe à la tentation et n’y contriste le Cœur de Jésus, que tous y soient sans péché, sans tache ni ride, immaculés et saints, prêts pour le ciel, vraies épouses de Jésus, le glorifiant et consolant son Cœur autant que possible. Tous doivent avoir de cela le plus ardent désir, le demander chaque jour à Dieu en vue de Dieu, comme Jésus nous l’a appris, et y travailler sans cesse de toutes ses forces, chacun par les moyens que l’Église lui indique, les pasteurs comme pasteurs, les ouailles comme ouailles, tous avec ordre et dans l’obéissance aux supérieurs établis dans l’Église [1].


[1M/173, sur Mt 27,51-28,20, en C. DE FOUCAULD, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Évangiles (1), Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 73-75.