A cause de Jésus et de l’Evangile

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7ème dimanche de Pâques - Commentaires de l’évangile selon St Jean

Évangile selon Saint Jean 17, 20-26

« Qu’ils soient un comme nous sommes un. Je suis en eux et tu es en moi ; pour qu’ils soient consommés dans l’unité et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ! »

« Qu’ils soient un » par leur amour mutuel, comme le Père et le Fils sont un par leur amour mutuel. « Je suis en eux » par mon amour pour eux, j’aime chacun d’eux d’un tel amour que je vis non seulement en moi, mais en chacun d’eux (celui qui aime vit moins en soi qu’en l’être aimé) ; « Tu es en moi » par ton amour pour moi, et par conséquent tu es aussi en eux par ton amour pour moi (puisque je suis en eux, je vis en eux, par amour) ; « Pour qu’ils soient consommés dans l’unité », établis dans une telle union qu’elle soit une « unité » et une « unité consommée », accomplie, parfaite (cette unité sera le résultat de ma présence en eux, par mon amour, dans mon amour pour eux, de cet amour si violent que je vis en chacun d’eux par mon amour : mon amour répand sans cesse sur eux des torrents de grâces qui toutes les portent à m’aimer moi-même ; en les portant à m’aimer d’un commun amour, elles établissent chacun dans la conformité, la ressemblance avec moi et par conséquent dans la perfection de toutes les vertus, perfection dont fait partie cette charité et cet esprit d’amour qui brûlent dans mon cœur. En les aimant, en étant en eux par mon amour, je les comble de grâces, des grâces qui d’abord les font m’aimer, des grâces, qui, les faisant m’aimer, les font s’établir dans ma ressemblance et par conséquent dans la perfection de toutes les vertus et dans une charité incomparable, mère de l’union et de l’unité.) « Et pour qu’ainsi le monde connaisse que tu m as envoyé », par leur amour mutuel, par l’unité de leur doctrine, de leur culte, de leur gouvernement, par cette unité qui fait qu’ils ne composent qu’un seul corps : cette unité si totale, si parfaite, porte les hommes à croire à la vérité de la foi qui est crue avec tant d’union et à regarder comme divine une religion où règne cette unité qui ne peut être que l’effet d’une action particulière de Dieu, les humains n’étant pas capables de s’y conserver par leurs forces naturelles. (Ainsi l’amour de Jésus pour nous est la cause de notre unité, parce que c’est cet amour qui nous porte, par les grâces dont il nous comble, à aimer Dieu, amour qui produit l’unité entre nous ; et l’unité des fidèles entre eux est la cause (extérieure, la cause intérieure est la grâce de Dieu) pour laquelle le monde croit en Notre Seigneur, parce que c’est l’unité de l’Église (unité de foi, de charité, de corps, etc.) qui porte les hommes à croire en elle et en son divin fondateur)… « Et que tu les as aimés comme tu m’as aimé », non autant assurément, mais d’une manière analogue, avec quelque ressemblance, comme présentant quelque ressemblance avec moi, comme étant semblables à moi par leur nature humaine, et comme étant mes membres par l’amour que j’ai pour chacun d’eux, puisque cet amour me fait vivre dans chacun d’eux (celui qui aime vit moins en soi qu’en l’être aimé), comme étant mes membres à titre de matière de mon corps mystique…
Mon Dieu, que vous êtes bon ! Que vous êtes bon de nous aimer au point d’être en nous, de vivre en nous par votre amour pour nous !.. Nous, nous devons vivre en Dieu par notre amour pour lui, selon ce principe que « celui qui aime vit moins en soi qu’en l’être aimé ». Ne plus vivre en nous, mais en Dieu, c’est notre devoir et en même temps le bonheur parfait… Cela est infiniment juste puisque Dieu est tout aimable. Mais que nous, vos pauvres créatures, vous nous aimiez au point de vivre en nous par votre amour pour nous, quel rêve, quel bonheur inouï, quelle source de grâces et de félicités !.. Ce n’est pas seulement par l’essence, ô Dieu, que « vous êtes en nous et nous sommes en vous  », ce qui est d’une ineffable douceur ; c’est encore par l’amour que « vous êtes en nous et nous sommes en vous ». (Nous sommes en vous par l’amour, car nous devons vous aimer au point de ne plus vivre en nous, mais en vous ; vous êtes en nous par l’amour, car vous nous aimez au point de ne plus vivre seulement en vous, mais encore en nous… C’est ce qui explique comment « ce qu’on fait à un de ces petits on vous le fait » ; on vous le fait très réellement puisque vous vivez en chacun d’eux par votre amour… Non seulement ils sont vos membres comme portions de votre corps mystique, comme matière de votre corps mystique (matière proche ou éloignée) et comme tels vous vivez en chacun d’eux, comme la tête vit en ses membres, mais encore ils sont vos bien-aimés, et à ce titre vous vivez en chacun d’eux comme celui qui aime vit en l’être aimé)… Que vous êtes bon, et quel bonheur infini est le nôtre, ô mon Seigneur Jésus ! Comment méditer assez un pareil bonheur : pauvres créatures, pauvre néant, nous sommes si merveilleusement comblés par vous, que vous vivez en nous triplement : par votre divine essence ; par votre grâce que vous nous versez sans cesse, agissant sans cesse par elle en nous comme la tête sur les membres ; par votre amour, vivant en nous par votre amour, comme l’époux vit dans l’épouse, comme l’amant vit dans la Bien-aimée (« Celui qui aime ne vit pas tant en lui que dans l’être aimé »)… Et non seulement triplement, mais quadruplement, puisque vous vivez encore en nous par le don de la sainte Eucharistie.
Aimons Dieu qui nous aime au point de vivre en nous par son amour pour nous, comme nous devons vivre en lui par notre amour pour lui… Contemplons Dieu en nous puisqu’il y est de tant de manières, puisqu’il vit en nous non seulement par son essence, mais encore par sa grâce sans cesse agissante, et par son amour nous couvant, nous enveloppant, nous embrassant sans cesse, et par la sainte Eucharistie ! Et soyons toujours un entre nous, soyons consommés dans l’unité avec les hommes nos frères par notre amour pour eux, cela en aimant Dieu et en devenant par là ressemblants à lui et par conséquent parfaits en tout, en charité et en toute vertu [1].


[1M/506, sur Jn 17,22-23, en C. DE FOUCAULD, L’imitation du Bien-Aimé, Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 258-261.