A cause de Jésus et de l’Evangile

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7ème dimanche de Pâques : Commentaires de l’Evangile selon St-Jean

« Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal… Sanctifie-les dans la vérité… Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai envoyés dans le monde. Je me sanctifie moi-même pour eux, pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité. »

Que vous êtes bon, mon Dieu, après avoir par vos paroles, par vos exemples, tâché si longtemps d’allumer dans nos cœurs le « feu de l’amour pour Dieu que vous avez porté sur la terre », de faire un dernier effort pour l’y enflammer, en vous adressant non plus directement à nous, mais directement à Dieu !.. Que vous êtes bon de nous montrer par là et qu’il faut faire, pour accomplir ce que Dieu demande de nous, tous les efforts en notre pouvoir par les moyens naturels qu’il met à notre usage (en les accompagnant toujours de la prière, comme vous avez tant prié toute votre vie), et que, quand tous ces moyens ont échoué, ou qu’ils paraissent insuffisants, ou qu’on ne peut plus les employer, il faut alors recourir à la seule prière, plus puissante à elle seule que tous les autres moyens sans elle, puisque par elle nous puisons à la source de la toute-puissance de Dieu, tandis que tous les autres moyens sans elle ne sont que faiblesse et impuissance. Nous ne devons ni agir sans prier (cela jamais), ni prier sans agir quand nous avons le moyen d’agir ; mais agir en priant, si nous avons les moyens d’agir ; et, si nous n’avons aucun moyen d’agir, nous contenter de prier… Merci, mon Dieu, de nous montrer que « aimant le prochain comme vous-même », vous ne repoussez pas les sacrifices et la souffrance pour les autres, de même que vous ne les repoussez pas pour vous, « ne les retirez pas du monde (des épreuves, des souffrances), mais gardez-les du mal (du péché) » ; c’est qu’en effet, vous savez que le sacrifice, la souffrance sont bons pour l’âme humaine, non seulement pour la disposer à aimer Dieu en la vidant de l’amour des créatures, de soi-même, de tout ce qui n’est pas Dieu, mais encore pour la confirmer dans l’amour pour Dieu, en offrant au Bien-aimé des dons qu’il agrée, en lui offrant le plus de cadeaux possible, de ces cadeaux qui prouvent qu’on aime Dieu et font aimer de Dieu (« Le plus grand amour est de donner sa vie »… « Maintenant je vois que tu m’aimes, parce que tu n’as pas épargné ton fils unique »… « C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie »)… Merci, mon Dieu, de nous montrer par votre exemple, par votre prière, que la seule chose qu’il faille demander absolument pour le prochain, c’est la sanctification (« Garde-les du mal, du péché »… « Sanctifie-les ». ..) ou les choses qui sont nécessaires pour la sanctification, comme l’amour de Dieu qui ne fait qu’un avec elle, ou l’amour du prochain sans lequel l’amour de Dieu et la sanctification ne peuvent exister… Merci, mon Dieu, de nous apprendre que notre mission sur la terre est la même que la vôtre (« Comme tu m’as envoyé, je les ai envoyés »)… et de nous apprendre que cette mission est de nous sanctifier, pour sanctifier par là les autres hommes, à votre exemple, vous qui avez employé votre vie sur la terre à vous sanctifier pour nous sanctifier par là nous-mêmes, (« Je me sanctifie moi-même pour eux, pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés. »)
Notre Seigneur, en disant qu’il nous envoie dans le monde pour y faire la même œuvre que lui : glorifier Dieu en sanctifiant les hommes, ne demande pas à Dieu de nous rendre savants, éloquents, intelligents, habiles, il ne demande pour nous qu’une chose unique : « Rends-les saints. » C’est donc en étant saints nous-mêmes que nous sanctifierons les autres hommes, et non par d’autres moyens… Notre Seigneur le prouve par les paroles qui suivent : « Je me sanctifie moi-même pour eux, pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés », il se sanctifie pour nous sanctifier et pour nous apprendre que c’est en se sanctifiant soi-même qu’on sanctifie le prochain… Employons, pour faire au prochain le bien que Dieu veut que nous lui fassions, tous les moyens que lui-même met à notre disposition, en y joignant toujours la prière (le plus fort de tous nos moyens d’action), mais surtout, surtout, surtout rendons-nous saints, car être saint soi-même est un moyen tellement plus puissant que tous les autres pour sanctifier le prochain, qu’à côté de ce moyen tous les autres ne sont pour ainsi dire rien. Avec ce moyen-là, avec la sainteté personnelle, les autres moyens si faibles qu’ils soient, ont une force incomparable : les moindres paroles, les moindres exemples, les moindres prières opèrent un bien infini pour les âmes. Sans ce moyen-là, sans la sainteté personnelle, tous les efforts, tout le zèle, toute l’éloquence, tous les exemples de vertu, toutes les prières demeurent sans effet… Sanctifions-nous, c’est par ce moyen que nous sanctifierons les autres : Notre Seigneur nous y appelle en nous citant son propre exemple : c’est par la sainteté, dit-il, qu’il a sanctifié les hommes, et non par ses autres œuvres, si puissantes, si parfaites, si divines qu’elles fussent : « Je me sanctifie moi-même pour eux, pour qu’ils soient aussi sanctifiés. [1] »


[1M/503, sur Jn 17,12-19, en C. DE FOUCAULD, L’imitation du Bien-Aimé, Méditations sur les Saints Évangiles (2), Nouvelle Cité, Montrouge 1997, 252-255.