A cause de Jésus et de l’Evangile

Accueil > Sources > Charles de Foucauld > 5ème dimanche de Pâques : Commentaires de Frère Charles sur l’évangile selon (...)

5ème dimanche de Pâques : Commentaires de Frère Charles sur l’évangile selon St Jean

« Je suis la voie, la vérité et la vie… Personne ne vient à mon Père que par moi. »

Que vous êtes bon, mon Dieu ! Comme toutes vos paroles, en ces heures suprêmes plus que jamais si c’est possible, tendent à « allumer sur la terre ce feu » de l’amour de Dieu, que « vous êtes venu y porter » et que votre seul désir est de voir s’allumer : « Que veux-je, sinon qu’il s’allume ? » Vous nous établissez ici dans votre amour avec une force divine en nous jetant dans l’imitation de celui qui est la seule «  voie  », dans la foi, dans la vie de foi, c’est-à-dire dans l’obéissance à celui qui est la seule «  vérité », dans la participation à la sainte Eucharistie, par laquelle nous nous unissons à celui qui est la seule « vie »… Combien l’imitation indissolublement unie à l’amour (quand l’amour s’adresse à Dieu), combien l’obéissance indissolublement unie à l’amour (quand l’amour s’adresse à Dieu), combien la sainte Eucharistie qui est Dieu même, c’est-à-dire « l’amour » même (« Deus est charitas »), nous disposent à l’amour, nous y établissent et à la fois nous y confirment, c’est de toute évidence… Que vous êtes bon, mon Dieu, d’avoir pour seul désir de nous donner la seule chose en laquelle consiste tout notre bonheur en cette vie et dans l’autre, celle qui fait du ciel le ciel, et celle qui ferait de la terre le ciel si nous pouvions la recevoir pleinement ici-bas : cette seule chose, « l’unique nécessaire », c’est de vous aimer, ô Jésus !
Imitons Jésus, seule « voie »… Pour peu que nous l’aimions, comme cela nous serait facile : l’amour a soif d’imiter, il en a besoin, il cherche par sa nature à s’identifier avec le Bien-aimé, à se serrer contre lui au point de ne faire qu’un : cette unification, cette identification, cette perte totale dans le Bien-aimé, cette absorption de celui qui aime dans le Bien-aimé n’étant pas possible ici-bas, l’âme se jette de toutes ses forces dans l’imitation, moyen d’unification inférieur, incomplet, premier degré seulement, mais le seul possible ici-bas, de l’unification qui est la fin de l’amour et qui ne se réalisera parfaitement qu’au ciel (il n’est ici question que de l’amour divin, le seul qui puisse être l’amour parfait, le seul qui puisse et doive se laisser aller à suivre ce besoin d’imitation totale qui est dans la nature de l’amour, parce que seul il s’adresse à un Être parfait)… Obéissons à Jésus, seule « vérité »… Pour peu que nous l’aimions, cela nous sera facile : l’amour a soif d’obéir ; (dans l’amour humain, il ne doit pas toujours se laisser aller à cette soif d’obéir, ni à la soif d’imiter, à cause des imperfections de toute créature : mais dans l’amour divin, le seul qui puisse être l’amour parfait, l’amour s’adressant à un être infaillible et parfait, peut et doit se laisser aller à suivre ce besoin d’obéir au Bien-aimé qui fait nécessairement partie de l’amour, par la nature même de l’amour) ; l’amour a soif d’adorer, de se prosterner, de s’anéantir aux pieds du Bien-aimé ; il a soif de se donner, de mettre aux pieds du Bien-aimé tout ce qu’il a et tout ce qu’il est : cet anéantissement, comme ce don total de soi, contiennent la parfaite obéissance ; l’amour éprouve un besoin irrésistible de cesser d’être, de ne plus exister pour soi, de se fondre et de se perdre dans le Bien-aimé, qui, à ses yeux, est la seule chose existante dans l’univers, et hors duquel tout lui paraît le néant. La parfaite obéissance est renfermée dans cette absorption, dans cette perte de tout l’être, dans cet abîmement, dans cette cessation de toute vie personnelle pour se perdre et se fondre dans l’existence du Bien-aimé : l’amour aime tout, approuve tout, admire tout dans le Bien-aimé, et n’aime rien, n’approuve rien, n’admire rien hors du Bien-aimé ; d’où il suit que tout ce que dit, pense, fait le Bien-aimé, lui apparaît comme le seul bien, le seul parfait, et comme le plus parfait, le plus parfait possible, le divin. La parfaite obéissance suit nécessairement une telle foi en la perfection supérieure, incomparable, divine, de toutes les volontés, de toutes les pensées, de tous les ordres, de toutes les paroles, de tous les exemples du Bien-aimé… Recevons dans la sainte Eucharistie Jésus, seule « vie »… « Celui qui me mange, vit par moi »… « Celui qui mange de ce pain vit éternellement »… « Celui qui mange mon corps a la vie éternelle ». .. « Celui qui mange mon corps demeure en moi et moi en lui »… « Celui qui mange ce pain vit éternellement »… « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, vous n’aurez pas la vie en vous »… Recevons Jésus notre « vie », le plus souvent qu’il dépendra de nous, recevons notre Bien-aimé en préparant le mieux possible notre âme à sa visite ; recevons-le en lui faisant le meilleur accueil possible comme on reçoit le Bien-aimé non seulement venant à nous, mais venant en nous, et se donnant, se livrant, s’abandonnant pour être totalement possédé par nous [1].


[1M/484, sur Jn 14,2-6, en C. DE FOUCAULD, L’imitation du Bien-Aimé. Méditations sur les Saints Évangiles (2), Nouvelle Cité, Montrouge 1997, 214-216.