A cause de Jésus et de l’Evangile

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33ème dimanche du Temps Ordinaire : Commentaires de l’Evangile selon St-Matthieu

Il sera donné à celui qui a et il sera dans l’abondance ; et celui qui n’a pas, même ce qu’il semble avoir lui sera ôté

Ô divin enfant Jésus, aux pieds de qui je suis, entre vos saints parents, contre eux, à qui vous m’avez donné aussi pour parents, vous que j’adore pendant cette nuit dans votre voyage vers l’Egypte, dans le coin d’hôtellerie où vous reposez entre les bras et sous les yeux de Marie et de Joseph, puisque vous voulez que tout en vous regardant je médite vos paroles, faites-moi les comprendre, faites-m’en comprendre ce que vous voulez que j’en comprenne…
En quoi paraît le plus votre cœur en ces paroles, ô si doux enfant Jésus !.. J’ai donné à l’un 5 talents, à l’autre plus, à l’autre moins, à tous quelque chose, songe à ce que je t’ai donné et tombe en adoration devant mes infinies bontés et les miséricordes de mon cœur…
Repasse les bienfaits généraux, la création, l’Amour et la volonté de ton salut, de toute éternité, les bienfaits de l’ancien testament dont tu jouis, l’Incarnation, toute ma vie sur la terre, pendant tous les instants de laquelle je t’ai vu, aimé, j’ai agi et souffert pour toi et t’ai rempli de biens, tous les bienfaits répandus dans le monde et surtout dans mon Église, depuis l’Ascension, ta naissance, ton baptême, ton éducation chrétienne, ta première Communion, tant de douceurs dont j’ai rempli ta vie, ta préservation dans les dangers lorsque tu étais loin de moi et que la mort t’eût conduit en enfer…
Ma protection pour t’empêcher de tomber dans de plus grands péchés, protection toute spéciale et bien remarquable, si tu la considères, je t’en empêchais malgré toi, ta conversion, ta vocation à la vie religieuse, ton directeur, tant de grâces, de douceurs, la Trappe, la vie d’ermite, ton séjour à Nazareth où je t’ai si visiblement établi et maintenu de ma main, les incomparables douceurs, la paix et la jubilation que tu y as trouvées…
Voilà une faible partie, mon enfant, des talents que tu as reçus de moi… Juge de l’arbre à ses fruits, de mon Cœur à mes bontés, de mon Amour à mes bienfaits… Merci, merci, merci ! Mon Dieu ! Ô si doux Enfant Jésus, je me mets à vos pieds de tout, de tout mon cœur et je vous demande une seule chose pour moi, c’est d’être reconnaissant et fidèle ?.. Il me semble, mon Dieu, que cela me suffit, car c’est vous rendre tout, vous à qui je dois tout, c’est vous aimer et vous servir le mieux qu’il m’est possible, pendant tous les instants de ma vie, Vous de qui je tiens tous ces instants, tout ce que j’ai et tout ce que je suis… Que vous êtes bon, que vous êtes tendre et aimant, ô bien-aimé Seigneur Jésus ! Il nous sera demandé compte de tout ce que nous avons reçu… Et puisque j’ai tant reçu, il me sera beaucoup demandé !.. Si j’ai beaucoup plus reçu que la plupart des hommes… la conversion, la vocation religieuse, la Trappe, la vie d’ermite, Nazareth, la communion quotidienne, et tant d’autres grâces, il me sera beaucoup demandé…
Mon Seigneur et mon Dieu, que faut-il faire pour vous rendre ce que vous m’avez donné et faire fructifier tous ces dons, puisque vous m’en demanderez compte… Dites-moi encore cela, ô si doux enfant Jésus ! Je vous le demande, blotti à vos pieds, en vous adorant et vous regardant entre vos saints Parents… Je vous le demande par leur intercession… Dites-le moi, divin enfant Jésus, et faites-le moi faire, afin que, comme je suis en ce moment contre vous à vos pieds, entre Jésus et Marie, ainsi je sois (mais avec plus de perfection de ma part) pendant tous les instants de ma vie et durant l’éternité…
Répondez-moi, ô si doux enfant Jésus, comment vous rendrai-je ce que je vous dois ?..
…Et c’est le seul moyen que tu aies pour m’obéir ; car je veux, modèle des hommes, qu’ils suivent exemple et marchent par la voie que j’ai suivie ; or j’ai, tu le vois, marché par la voie d’obéissance, moi qui suis en ce moment petit enfant dans les langes, ne pouvant faire un pas, et me laissant porter où on veut et comme on veut : c’est l’exemple que je te donne ; obéis comme moi quand j’étais dans les langes ; sans l’ombre de résistance, sans dire un mot… Parle pour ouvrir ton âme, pour exprimer tout ce qui s’y passe, répugnances, désirs, grâces, tentations, tout ; mais ceci fait, sois muet, obéissant et comme moi enfant de quelques semaines ; imite-moi au temps où j’étais porté vers l’Egypte…
Ainsi, voilà ma réponse : obéis en tout à ton directeur, en vue de moi, et ouvre-toi parfaitement à lui. Tu me rendras ainsi tout ce que tu me dois, autant que le peut un homme… Merci, merci, merci, ô si doux enfant Jésus ; secourez-moi pour que j’accomplisse parfaitement vos paroles, en vous, par vous et pour vous. Amen [1].


[1M/157, sur Mt 25,14-30, in C. DE FOUCAULD, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Évangiles (1), Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 27-30.